07 juillet 2007

Sweet home - Arnaud Cathrine

Arnaud Cathrine est bien connu pour ses publications aux éditions Verticales, mais aussi pour sa littérature jeunesse, 76e9952d9f60dbadf07bb75533006a27.jpgqu'il publie à L'Ecole des Loisirs. Sweet home, qui vient d'être réédité en Folio, était sorti en septembre 2005.

Trois récits, trois étés, trois enfants. A dix ans d'intervalle, Lily et Vincent, les jumeaux, ainsi que Martin, leur cadet, d'expriment sur leur enfance douloureuse, leurs vacances au bord de la Manche, à Bénerville, dans leur deuxième maison, qu'ils aiment rejoindre lorsque Paris les oppresse.

"La falaise s'effondre, lentement mais sûrement. C'est une sorte d'argile grise et meuble. De grosses pierres ont été disposées sur son flanc pour retarder les assauts inéluctables de la marée. On dit que les maisons comme la nôtre sont condamnées. Un jour, il faudra l'abandonner. Comme en toutes choses, nous sommes voués à la perte."

Tournant autour de leur mère, délaissant un peu leur père, accariâtre et renfrogné, les trois enfants cherchent tant bien que mal leur vérité. Un couple en déséquilibre constant, c6b18fd9463ef812c7e3ab4d2663aa7a.jpgsi visiblement instable que les enfants le remarquent. On se résigne. Remo, le frère du père, n'est pas là pour arranger les choses et, très vite, l'auteur nous laisse supposer un amour clandestin qu'il aurait partagé avec Susan, la mère.

Heureusement, Nathan, qui devient plus qu'un voisin avec les années, est la bouffée d'air de cette famille. Invité d'office aux repas du soir, bien content de quitter l'ambiance pas si sweet que son père impose chez lui, il redonne le sourire, faisant oublier les cicatrices. Mais cet air frais qu'il insuffle à ses amis ne parviendra pas à dissuader Susan, qui déjà, au bord de la falaise, se penchait dangereusement, de se suicider. Dès lors, tout bascule, et malgré les quelques instants de bonheur qu'apporte l'enthousiasme du petit Martin, la vie est morne. Le temps passe, rien ne s'arrange. Martin devient alcoolique, Lily fait un enfant avec un homme qu'elle n'aime qu'à moitié et Vincent, écrivain, quitte Jeanne avant la naissance de Jacob.

83d79b9a86b33686a8f0154bfe9c9c17.jpgDans ce brillant huis clos familial, Arnaud Cathrine, de sa fine écriture, aseptisée et tranchante à la fois, représente avec cynisme le destin d'une famille, aussi abîmée que silencieuse, aux membres défigurés. L'auteur les rassemble comme pour une énième réunion de famille, et, là encore, chacun cache ses meurtissures. On se dérobe dans ce terrible exercice de deuil qu'Arnaud Cathrine semble bien connaître.

(A voir : l'interview d'Arnaud Cathrine par Wrath, à propos de La disparition de Richard Taylor, que j'ai beaucoup moins apprécié)

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