09 août 2007

L'élégance du hérisson - Muriel Barbery

Il est un livre dont on parle énormément ces temps-ci, bien que nous arrivions bientôt à la rentrée littéraire de 2007 alors qu'il était sorti à la rentrée passée. Passé inaperçu, certainement à cause (en tout cas en partie) du joug Littel qui régnait chez Gallimard, L'élégance du hérisson ne méritait pas un tel sort. Et, coup de théâtre, le succès est au rendez-vous, avec quelques mois de retard... Mieux vaut tard que jamais ! Heureusement, car, sans cela je ne l'aurais pas lu! 756685f26e5d2bdb782451f3c0a034f3.gifAujourd'hui, ce roman, le deuxième de Muriel Barbery, professeur de philosophie, s'est vendu à plus de 250 000 exemplaires et sera bientôt porté à l'écran.

La raison de ce succès ? La qualité du roman ! Ce triomphe rassure : on finit (presque) toujours par parler des excellents romans. Car, pour ce livre, il convient de parler d'excellence. Tout est parti d'une conversation de Muriel Barbery avec son éditeur. "L'idée de la concierge, déjà présente dans mon premier roman (Une gourmandise, Gallimard), est venue grâce à mon éditeur qui m'a dit: une concierge dans un roman, elle peut parler comme la duchesse de Guermantes. J'ai alors écrit les dix premières pages."

Et même s'il est un succès, ce roman n'a rien de commercial. Evoqués pêle-mêle, les thèmes ne donnent pas forcément l'impression de pouvoir aboutir à un best-seller. En effet, les philosophies marxienne et kantienne, le jeu de go, les camélias et la cuisine japonaise, tous mis dans un shaker, ne paraissent pas très alléchants. Et pourtant ! Muriel Barbery les a finements liés. Abordés par deux personnages irrésistibles, ils nous enchantent.

Il y a d'abord Renée, la cinquantaine, concierge dans grand immeuble bourgeois parisien. Elle paraît bien ordinaire et nourrit parfaitement le cliché de ces concierges veules et revêches, ne faisant pas douter les locataires du 7, rue de Grenelle, qu'elle est "plus lettrée que tous ses riches suffisants", qu'elle lit abondamment autant qu'elle regarde des films et qui a appelé son chat Léon en hommage à Tolstoï.

Et puis Paloma, fille des Josse, 12 ans, surdouée, espiègle, elle a déjà tracé son destin. A son anniversaire, elle se suicidera. Pour la beauté du geste, et puis aussi parce que, dans cet univers excessivement suffoquant de la bourgeoisie qu'elle abhorre autant que sa soeur aînée Colombe, elle n'en peut plus de vivre. Elle tient un étonnant Journal du mouvement du monde et elle consigne de sublimes Pensées Profondes.

Tout est là. Ces deux personnages, dans un mélange savoureux d'intelligence et d'humour, concoctent quotidiennement des pages philosophiques, décrivant leurs voisins, les animaux domestiques de leurs voisins, les événements de l'immeuble mais aussi le monde extérieur. Facéties, beaux mots, Renée et Paloma, à quelques étages d'intervalle, se nourrissent de leur quotidien pour noircir leurs pages, révélant leur vraie nature, leur esprit que les préjugés enveloppent.

A l'arrivée de monsieur Ozu, Renée, enchantée par la perspective de rencontrer un parent de son réalisateur favori, voit arriver un allié japonais. Renée charmée autant que lui, se rend compte que leurs rendez-vous de2e1e7c7dea40ba383e526468c5a6098c.jpg plus en plus fréquents la font peu à peu sortir de l'archétype dans lequel elle s'est toujours imposé de demeurer, brisant une hiérarchie à laquelle, malgré qu'elle la méprise, elle ne veut pas déroger. Elle prend peur. Pourtant, le charme et le calme si japonais de Kakuro Ozu sauront faire renaître Renée.

Attachant, épique, touchant, ce livre est un bijou. Il se lit d'une traite et bouleverse indiciblement. Renée et Paloma, en quête de beauté, cueillent les petits plaisirs de la vie dans l'attente d'un éclat magique, d'une révélation. L'élégance du hérisson a toutes les qualités, de la profondeur à la légèreté, il transporte de telle façon qu'il en devient, pour chaque lecteur qui se respecte, un livre indispensable.

 

Commentaires

Woaw!!! Sublime critique!!! Si le livre est aussi bien que ce que tu nous présentes, ce livre est un futur classique. Après avoir lu cette très bonne présentation (pour changer^^), la seule chose à laquelle je pense est de lire ce roman au plus vite!!!


;)

Ecrit par : Marc | 09 août 2007

Je ne connaissais pas Muriel Barbery. J'ai lu l'élégance du hérisson en trois jours en riant toute seule dans mon lit. C'est drôle, triste, caustique, intelligent. A lire et à garder.

Ecrit par : dasola | 23 octobre 2007

J'avoue que j'ai du mal à comprendre comment tu peux trouver la plume d'EE Schmitt, et pas celle de Barbery, qui du moins dans ce texte, fait preuve d'une infinie complexité dans le style. Certaines phrases sont hallucinantes, on a vraiment l'impression qu'elle a avalé un dictionaire. Dans ce sens, il n'y a aucun plaisir à lire ce roman qui me semble d'une grande prétention. Mais des goûts et des couleurs...

Ecrit par : Nicolas | 12 juillet 2009

Comme toi j'ai aimé. Passages philosophiques à peine lourds, I must admit I skipped a few pages...

Ecrit par : mary dollinger | 10 septembre 2009

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