13 décembre 2007

Ève de ses décombres - Ananda Devi

Ananda Devi, écrivain mauricienne, a publié de nombreux romans, tels que Pagli ou Soupir, chez Gallimard. A cette rentrée littéraire, elle a publié un roman remarqué, Indian Tango.

Ève de ses décombres, romans à quatre voix, est sorti l'année passée, couronné d'une myriade de prix littéraires, plutôt 16d6e3e800d9348aaeba25a09cba842d.jpgmérités...

Port Louis. Sur l'île Maurice, la banlieue isolée, soigneusement occultée par les catalogues de vacances, de Troumaron, est l'écrin d'une petite communauté rebelle, revêche, et néanmoins sensible. Autour d'Ève, Sadiq, Clélio et Savita gravitent, aimantés par le charme, la candeur et l'insouciance de la jeune femme. Mais Ève n'est pas l'amie de tout le monde, elle subit également la force et la perversion des hommes, notamment celle de ce professeur qui, l'après-midi, la retrouve dans la salle de biologie, qu'il verrouille à double tour, se préservant des scandales, des esclandres. Croyant qu'en se donnant sans réserve aux mâles brutaux et hargneux, elle obtiendra quelque chose en retour, une vie moins éprouvante, de quoi continuer malgré les coups que lui assène son père violent. Altière, Ève nargue, agace, et salit sa réputation de cette arrogance qu'elle affiche allègrement.

Elle a pourtant ses fidèles, ses apôtres. Sadiq, qui, par sa poésie qu'il écrit sous l'égide de Rimbaud, vous un culte immodéré à sa belle et versatile Ève, et Savita, sa meilleure amie, qui partage avec la belle les plus beaux instants d'amitié, tirant un trait compréhensif et tolérant sur les mauvaises fréquentations de son amie.Et, comme si cette morne atmosphère, cette misère, ne suffisaient pas, la juvénile Savita se fait lâchement assassiner. C'est ainsi dans chaque échantillon de société, qu'il soit bourgeois ou misérable, les doutes, les injustes suspicions accusent arbitrairement Clélio, dont le passé, ponctué de quelques larcins, suffit à le présumer coupable, criminel.

Le trait n'est cependant pas forcé, au contraire, Ananda Devi croque un spécimen social qui, à l'échelle mondiale, ne représente presque rien, mais qui néanmoins est fait des mêmes cruautés, des mêmes iniquités. Cachée derrière chacun de ses personnages, leur insufflant, malgré leur détresse, ce brin d'espoir qui les fait tenir, Ananda Devi, de façon tout à fait admirable, dépeint cette dure réalité illustrée par ses quatre figures attachantes, avec cette singularité dans le style, vif et poétique à la fois, et sans aucune jérémiade larmoyante, non, mais dans une courageuse acceptation quotidienne de la rudesse ambiante.  

Commentaires

L'écriture flamboyante et extraordinairement poétique d'Ananda Devi en fait une auteur hors normes, difficile d'accès et donc, malheureusement, bien peu prisée. Et pourtant, on y touche partout à la souffrance la plus intime, on y accède à l'indicible.

Ecrit par : sybilline | 13 septembre 2008

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