08 février 2008

Inconnu à cette adresse - Kressmann Taylor

Kressmann Taylor, d'origine allemande, est née en 1903. Elle a écrit plusieurs livres comme Jour sans retour ou Ainsi mentent les hommes. Mais elle est principalement connue pour Inconnu à cette adresse, une correspondance fictive à couper le souffle...

Autrefois, Max Eisenstein et Martin Schulse dirigeaient une galerie d'art prospère à San Francisco. Mais Martin, pour des 8aad0128e858d9539d7f5a25e8e06cc8.jpgraisons familiales, décide de rentrer en Allemagne, son pays natal, pour s'y établir avec sa femme et ses garçons. Dès lors commence une longue correspondance entre les deux hommes qu'une grande amitié liait. Leurs lettres débordent d'affection. L'un autant que l'autre tente, à travers l'Atlantique, d'exprimer par les mots sa profonde nostalgie. Comme deux frères, Max et Martin se souhaitent réciproquement tout le meilleur, et prient pour la santé et le succès de l'autre. Mais un climat délétère de guerre, un parfum militaire imminent pointe son aigreur dans les lettres des deux hommes. Les affres d'Adolf Hitler inquiètent sérieusement Max qui demande frénétiquement des nouvelles à son ami allemand. Ce dernier lui répond qu'il est confiant et qu'il croit en ce nouveau parti politique qu'est le national-socialisme.

"Ici, en Allemagne, un de ces hommes énergiques, essentiels, est sorti du rang. Et je me rallie à lui."

Martin qui n'avait jamais ressenti la moindre gêne à être le meilleur ami d'un juif, commence à manifester quelque retenue dans son courrier. Et, petit à petit, soucieux de perdre ses fonctions et son image très respectable, il fait voler en éclats cette amitié de longue date :

"Je t'ai toujours considéré comme mon ami, mais sache que je parle en toute honnêteté quand c40bd315fea03243b6430244a228edb6.jpgj'ajoute que je t'ai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle."

Très vite, Martin exige de Max qu'il ne lui fasse plus parvenir aucune lettre, le courrier étant suspicieusement contrôlé. Et, d'une lâcheté sans borne, Martin opère sa totale abdication, ignorant au passage l'appel au secours de Max pour sa jeune soeur Griselle, actrice trop ambitieuse dont la religion nuira à son succès berlinois.

Dans cette longue nouvelle, Kressmann Taylor déploie, d'une langue simple et épurée, un réalisme et un talent époustouflant, imaginant cet échange épistolaire plutôt atypique, pointant du doigt - ce texte a été publié un an avant le début de la Seconde Guerre mondiale - l'endoctrinement massif à l'idéologie nazie, les ravages de l'antisémitisme et, à la base de toute cette horreur, la pleutrerie et la crédulité humaines.

Commentaires

Merci Lucas. Pour moi il s'agit d'un des très grands livres du 20e siècle. Je suis heureuse que cet envoi t'ait plu.

Ecrit par : mary dollinger | 08 février 2008

Un classique !

Ecrit par : In Cold Blog | 08 février 2008

En effet Mary, un très grand livre ! Merci encore de me l'avoir offert !

Ecrit par : Ephémerveille | 08 février 2008

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