16 février 2008
Ma mère, à l'origine - Emmanuel Pons
Emmanuel Pons est peintre. Il a publié un premier roman, Je viens de tuer ma femme, en 2006, chez Arléa. Il publie en ce début d'année Ma mère, à l'origine, dont la quatrième de couverture promet la même causticité.
"Ma mère est morte. L'autre bonne nouvelle c'est qu'elle est morte riche." Ce décès, loin de provoquer une quelconque
tristesse chez Patrick Barrault, le fait au contraire exulter de plus belle. Un héritage pharamineux lui tend les bras. Et il n'y a pas lieu de le consoler. Patrick éprouve un soulagement, une totale délivrance. Libéré des griffes maternelles, il peut mener la grande vie.
Evidemment, puisque c'est le cynique et acerbe Emmanuel Pons qui tire les ficelles, Patrick se marie avec la maquilleuse qui redonne un semblant de vie au visage blafard et éteint de sa mère, avant son enterrement. Un enfant, Germain, naîtra de cette union pour le moins cocasse. Tout semble être parfait dans le foyer de cette petite famille pour qui des temps bien confortables se profilent, assurés par les abondants legs de Madame Barrault.
Cependant, une sorte d'atavisme malsain semble rapprocher Patrick de sa mère, malgré qu'il se jure n'avoir rien hérité d'elle sinon sa fortune. Aussi intensément qu'elle, il néglige sa famille, éconduit par ses deux obsessions : la bourse et... sa mère justement. Car, lors de ses transactions, lorsqu'il "boursicote" avidement, planté devant son écran d'ordinateur, Patrick Barrault songe à sa mère, qu'il abhorre de tout son être, frustré de ne pas avoir jeté l'opprobre solennellement sur celle qui le fit tant souffrir, humiliante et méprisante. Lui reprochant également le suicide de son père, Patrick est rongé par le souvenir délétère de cette harpie.
Roman à deux voix, alternant celle de Patrick et de sa femme Madeleine, désespérée par l'attitude nonchalante de son fils et des absences de son mari, Ma mère, à l'origine, ne déploie pas autant d'humour que le premier roman d'Emmanuel Pons. Exposant habilement le concept graphique de son personnage qui consiste à évaluer le potentiel de sa femme et de son enfant, Pons omet parfois de faire sourire son lecteur. Quelques trouvailles humoristiques se distinguent, mais elles sont trop peu nombreuses pour ce long discours plaintif d'un homme en mal d'amour. Pouvant paraître répétitif et pleurnichard, Patrick Barrault, guidé par son créateur tout de même très adroit, se confesse et exprime son trouble indomptable qui, causé par cette carence d'amour maternel, le mène doucement vers la folie...
15:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Livres, Roman, Ecrivain










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