03 septembre 2008

Les Papillons noirs de Florence Ben Sadoun...

On a assisté, il y a peu, à des débats enflammés sur la blogosphère. Le sujet de ces colloques virtuels ; l’envoi de services de presse aux blogueurs. En effet, si certaines maisons envoient volontiers leurs dernières parutions aux blogs (souvent les petites structures), d’autres n’entrent même pas en matière.

En cette période florissante de l’édition, la très respectueuse maison Denoël s’est associée au site Chez Les la fausse veuve.gifFilles, envoyant à toute la blogosphère littéraire un ouvrage de leur rentrée, en avant première, de quoi réjouir les petits lecteurs-chroniqueurs du Net. L’ouvrage ? La Fausse Veuve, écrit par une certaine Florence Ben Sadoun. Malgré une couverture quelque peu austère, le beau titre de ce qu’on nous annonce être un premier roman nous donne furieusement envie d’ouvrir ce petit volume. Le livre reçu comme un cadeau, on en oublie presque que l’auteur est trois fois journaliste (Première, ELLE, France Culture…), ce qui, si l’on avait eu affaire au roman dans une librairie, aurait peut-être réfréné notre achat.

En entamant la lecture de La Fausse Veuve, c’est une véritable explosion qui se produit. L’auteur écrit sec, elle sait percuter. Alternant le « tu » et le « vous », elle s’adresse à l’homme qu’elle aime avec une virulence à la Claire Castillon, autrement dit, une très bonne entrée en matière.

Ce vouvoiement qui chevauche le tutoiement est une marque de retenue, celle d’une amante, à qui son amant n’appartient qu’à moitié. Mais le problème de cet amour alambiqué n’est pas tant l’adultère et l'épouse qu’il faut éviter. La principale impasse, c’est le syndrôme du « locked-in », ce calvaire que doit endurer l’homme qu’aime la narratrice.

Avant de parler de l’être qu’elle aime, disons quelques mots à propos du « je » .

Il est clair, à la lecture de ce livre, que l’on a été arnaqué sur la marchandise. Il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un récit autobiographique. L’homme pour qui Florence Ben Sadoun a fait des kilomètres de route pendant des mois était Jean-Dominique Bauby. Ca ne vous dit rien ? Mais si, rappelez-vous le film avec Amalric, Le Scaphandre et la Papillon. (L’aile d’un de ces lépidoptères sert d'ailleurs d’illustration à la couverture de La Fausse Veuve). Bauby est l’auteur du livre duquel est tiré le long-métrage éponyme de Julian Schnabel, primé à Cannes en 2007.

La relation entre Ben Sadoun et cet homme l’a donc mue dans l’écriture de ce « roman ». Qu’en est-il du reste de l'ouvrage ?

Après les impressionnantes premières pages, on assiste à un total effondrement de ce que l’on pensait être un livre fulgurant et stylistiquement très intéressant. A force d’être acerbe, âpre, Florence Ben Sadoun en devient presque venimeuse. S’attaquant à la femme de son aimé, mais à lui aussi, elle extériorise son désarroi avec violence et distille sa douleur en une corrosive agressivité. Son cri de douleur ne semble même pas sincère. Au lieu de hurler sa souffrance, Florence Ben Sadoun s’écoute hurler et se regarde souffrir. La deuxième moitié de son premier coup d’essai littéraire est totalement égocentré. Une manière peu habile de truffer de douleurs plus anciennes ces pages déjà si tourmentées.

On sort donc plutôt mal à l’aise de cette lecture. N’aurait-il pas été plus juste de garder ce texte dans son écrin ?Ou, mieux : qu'il reste une velléité dans le coeur de son auteur ?

En le lisant, le lecteur a l’impression de déranger, d’assister vainement à la tempête qui fait rage. 

Enfin, le côté « Rive Gauche qui se morfond » (« seule assise au café de Flore »…) aura fini de nous assommer. Laissant son lecteur définitivement perplexe, Florence Ben Sadoun, en parlant d’elle, n’aura peut-être réussi qu’un seul et mince exploit : celui d’être meilleure que sa consœur Christine Angot. 

Commentaires

pour ma part, je l'ai trouvée sincère mais ce que je trouve dérangeant c'est que l'on ne sait pas si elle crie pour la reconnaissance de son amour pour lui ou pour être reconnu elle.

Ecrit par : Thaïs | 04 septembre 2008

Je découvre votre article et par la même occasion votre blog par l'intermédiaire d'un lien vers votre article déposé sur mon blog par Daniel Fattore... Je trouve la critique que vous faîtes de ce "roman" très juste. Pour ma part, ce récit m'a laissé une impression de malaise désagréable et seul le court format m'a permis d'en achever la lecture...

Ecrit par : calepin | 11 septembre 2008

Votre lecture de ce roman me parait très juste et comme vous, j'ai ressenti davantage d'acrimonie que d'amour dans ces pages.
Où donc est la pudeur, la douceur, la compassion chez cette femme amère?

Ecrit par : sybilline | 13 septembre 2008

j'ai ressenti le même malaise que toi après la lecture de ce livre, et je me pose des questions similaires. Malgré tout, ce livre m'a intéressée, et j'ai trouvé le style courageux et sans fards.

Ecrit par : sylvie | 23 septembre 2008

Pas grand'chose à dire de plus... Je suis entièrement d'accord avec votre avis, en tout point !

Ecrit par : BlueGrey | 24 septembre 2008

Dites, ce côté Rive Gauche qui semble vous assommer, n'est-il pas un peu révélateur de ce que vous êtes, ainsi que vos commentateurs : avide à lire les lamentations de FBS et d'en critiquer les travers ?
Finalement, la présentation qui en était faite par Denoël et par Violaine de Chez-les-filles.com aurait pu être suffisant pour vous en éviter la lecture. Quel est donc ce besoin impérieux qui vous pousse à lire un tel ouvrage ? Faire comme tout le monde, pouvoir ensuite comparer avec Christine Angot ?
Attention,ne me faite pas dire ce que je n'ai pas voulu dire : être mal à l'aise à la lecture d'un livre peut-être une expérience intéressante, et peut-être est-ce que vous avez vécu. Cependant vous parraissez être plutôt déçu. En tout cas vousme confortez dans l'idée que ce livre n'est vraiment pas intéressant à lire, ni pour moi ni pour vous.
à bientôt

Ecrit par : Jean-François | 04 novembre 2008

Vous n'avez pas complétement tort.
En ce qui concerne une éventuelle avidité dans la lecture de ce livre... Je ne crois pas. Il s'agissait simplement d'un intérêt tout à fait sain qui s'est soldé par une déception.
Je suis heureux de savoir que vous ne lirez pas ce livre grâce à moi.

Ecrit par : Ephémerveille | 04 novembre 2008

Non, j'ai décidé de ne pas lire ce livre en lisant la quatrième de couverture et le présentation de l'éditeur...
Je me désole juste que nombre de gens passe du temps à parler de chose qui ne leur plaise pas ou si peu. Il y a tellement de belles choses à lire, à voir... qu'il me semble plus important et passionnant de partager cela. A moins d'être payé pour cela (le don d'un livre est une raison) ou de tomber sur un livre vraiment polémique et engagé qui nous dérange.
à bientôt...

Ecrit par : Jean-François | 05 novembre 2008

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