29 novembre 2008
Factices rêveries...
L’an passé, à la suite de la sortie d’Odette Toulemonde et autres histoires, Eric-Emmanuel Schmitt a commis un deuxième recueil de nouvelles, La rêveuse d’Ostende, dans la foulée du succès de son premier essai fructueux avec la forme courte.
Si les nouvelles d’Odette Toulemonde étaient toutes reliées par le fait qu’il s’agissait pour chacune de faire un portrait féminin, la ligne directrice de celles de La rêveuse d’Ostende est moins explicite. Comme un pot-pourri de quelques courts écrits sommeillant dans les
tiroirs de l’auteurs, elles forment ce recueil fort peu homogène sur lequel on se permettra d'émettre quelques réserves, tant cet opus s’écarte (négativement) de l’œuvre de Schmitt.
La première et plus longue nouvelle, qui donne son titre au recueil, commence pourtant bien. Un écrivain parisien, le narrateur, désire s'isoler pour se remettre d’une rupture et décide de passer quelques jours à Ostende, où il loue une chambre d’hôte dans la maison d’une certaine Emma Van A. Comme souvent chez Schmitt, on reconnaît les traits de l’auteur dans le personnage, ses humeurs, et on s’en réjouit. L’intrigue de la nouvelle se concentre autour de la vie de cette Emma Van A., femme ravagée par le temps, paralysée dans son fauteuil roulant, et qui passe ses journées dans ses lectures classiques et la contemplation, derrière sa fenêtre, de la plage d’Ostende.
Attisant habilement la curiosité de son lecteur, Schmitt ne livre le secret d’Emma Van A. qu'après avoir fait planer le doute avec astuce, qu’elle confie finalement à son écrivain de pensionnaire. Mais quelques incohérences entraînent les doutes du narrateur. So what ? se dira le lecteur… Si la chute de Schmitt n’est pas mal trouvée, elle ouvre le bal des douces absurdités de ce recueil.
Des histoires incongrues, qui, faisant néanmoins hésiter le lecteur entre rêverie, fantasme et hallucination, portent toutes un parfum de désuétude qui, si elle est charmante, jure avec ces sujets au décors très "actuel". Eric-Emmanuel Schmitt, dont le style quelque peu ampoulé et souvent inapproprié traverse trop ostensiblement ce livre, ne parvient pas à conférer à ses nouvelles leur authenticité propre. Au fond, la plume fort reconnaissable de Schmitt est le seul lien tissé entre elles. A force de vouloir à tout prix donner à chaque parcelle de réalité sa petite musique poétique, son petit brin de rêve, l’invraisemblable prime et fait dangereusement glisser le livre au rang des ouvrages qualifiés péjorativement de « lectures faciles ». Dommage.
16:16 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, roman, ecrivain, livres, auteur










Commentaires
Je n'ai pas du tout aimé ce recueil de nouvelles. Je l'ai trouvé extrêmement mal écrit, alors que j'avais bien aimé certains de ses précédents livres. La couverture était pourtant bien jolie.
Ecrit par : LN | 01 décembre 2008
Il y a beaucoup à voir dans cet auteur, des choses que j'apprécie, des choses que j'apprécie moins.
Ecrit par : Une Ville Un Poème | 19 décembre 2008
C'est drôle, je ne comprends pas que l'on puisse dire qu'EES écrive mal. C'est une écriture sobre (pas ampoulée de mon point de vue) et fluide, que l'on pourra à la rigueur reprocher de ne pas être "littéraire". Il est difficile de parler de ces nouvelles dans leur ensemble dans la mesure où chacune a sa propre histoire, d'autant que la première est, quantativement, plus importante que les autres. De mémoire, la première m'a beaucoup plu: elle se dévore et il y a une surprise à la fin... la seconde, un peu policière m'a bien plus aussi. J'ai moins de souvenir des autres. Que faut-il conclure? EES ne livre pas ici un chef d'oeuvre mais un recueil assez inégal, ce qui est souvent le cas pour les nouvelles. Mais quoi qu'on dire, cet écrivain a un talent narratif, et se lit facilement. Il a de surcroît une imagination fertile. Sur les cinq nouvelles, deux sont vraiment bonnes, dont la première, largement la plus longue. A lire, donc.
Ecrit par : Nicolas | 12 juillet 2009
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