24 janvier 2009

Nothomb ou l'auteur comme un manga

Jamais la librairie n’a été aussi remplie. Même en période de fêtes, jamais autant de gens ne s’étaient empressé dans la grande librairie Payot lausannoise. Quoi de plus réjouissant qu’une telle foule entre les étagères ? Qui plus est lorsque cette affluence n’est faite que de jeunes gens. Les adolescents se seraient-ils remis à lire ? sabre.pngC’est ce qu’on en conclut, à première vue. De plus en plus réjouissant, on constate que personne ne s’arrache une des derniers ineptes romans récemment adapté au cinéma. La saga Harry Potter est terminée, ce n’est pas ça.

Alors… pour qui se déplacent toutes ces jeunes personnes, pour quelle nouvelle plume se poussent-ils ?

Ils n’achèteront aucun livre aujourd’hui. En entrant, ils ont déjà tous à la main un exemplaire bien précis. Le fait du prince. Mais ne devrait-on pas plutôt parler de Princesses Mononoké et de Princes Noirs en considérant bien ce flot juvénile ? Cheveux teints en rose, look Emo et maquillage tapageur. Aux dernières nouvelles, Lautréamont et Baudelaire sont morts, et personne n’est venu pour Marilyn Manson. Et, même si, en s’approchant, on aperçoit quelques exemplaires de la série Twilight dépasser des sacs-tête-de-«Monsieur-Jack »-de-Tim-Burton, cette cohue est pour… Amélie Nothomb.

Au fond, elle est un peu fagotée comme eux. Mitaines rouges, chapeau extravagant, Amélie semble, dans son étrange tenue, autoriser implicitement la fantaisie de ses fans. Fans ? J’ai dit fans ? Lecteurs, pardon.

Bien dommage que les ados ne lisent que les ouvrages de ceux qui deviennent des people. Marc Levy, Gavalda, Musso, Stephenie Meyer et J.-K. Rowling sont premiers des ventes  notamment grâce à eux. Nothomb est un cas à part car, avant sa récente dégringolade, elle parvenait encore à livrer des romans valables. Aujourd’hui, une sorte de modernisme un peu balourd a fait sa place entre les lignes de la geisha. Les intemporels et cruels Mercure, Attentat ou Hygiène de l’assassin sont loin derrière.

Alors, ces lecteurs quelque peu loufoques se jettent derrière la table à laquelle Nothomb est assise pour être immortalisés aux côtés de l’auteur. L’écrivain, de bonne grâce, se prête aux bises et aux bruyantes accolades, avec le devoir de rester digne , en tant que grande prêtresse du temple so cheap qu’est devenue la librairie. Amen.

Commentaires

Constat un peu amer sur la "communauté de fans" (si, si, on peut l'appeler ainsi!) d'Amélie Nothomb. Un peu dur quand même lorsque tu parles de dégringolade, même s'il est vrai que ces derniers romans ne sont plus à la hauteur, il n'en demeure pas moins que le cru 2007, "Ni d'Eve ni d'Adam" était exceptionnel.
Il est clair que je n'attends plus avec autant de passion le dernier Nothomb, vu toutes les déceptions accumulées. Mais gardons espoir de retomber un jour sur quelque chose comme "Hygiène de l'assassin". Je ne l'ai d'ailleurs toujours pas lu. J'ai lu tous les autres, sauf celui-ci. On m'en a dit tellement de bien que je garde le meilleur pour la fin :)
Bonnes lectures!

Ecrit par : Sébastien L | 05 février 2009

Marrant comme les gens ne sont pas vraiment d'accord sur les bons et les mauvais titres de Nothomb. Je ne suis pas fan pour ma part, mais j'ai aimé quelques titres, et surtout "Acide sulfurique". Apparemment les vrais fans le trouvent mauvais (enfin j'ai cru comprendre) par contre j'ai trouvé nazes "hygiène de l'assassin" et "cosmétique de l'ennemi"... j'avais écrit un billet médisant sur A. Nothomb http://scriptural.over-blog.com/article-20374118.html mais sa cousine m'a dit que c'était encore trop gentil pour elle (elles s'adorent).
Au passage, pourriez-vous m'expliquer en quoi "Hygiène de l'assassin" est génial ? J'ai eu plutôt l'impression qu'elle prenait le lecteur pour un con....

Ecrit par : Schlabaya | 12 février 2009

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