05 mai 2008
Cinq vivants pour un seul mort - Catherine Lovey
Catherine Lovey est valaisanne. Cette criminologue a publié un premier roman en 2005, L'Homme interdit, aux éditions Zoé. Cinq vivants pour un seul mort, son deuxième livre, est sorti au début de cette année.
Un mort : Markus Festinovitch, brillant homme d'affaires, charmeur, il mène une vie aisée, confortable. Mais un jour, sans crier gare, alors qu'il visite un appartement avec Gabriella, l'une de ses nombreuses amantes, qui'il souhaite quitter lâchement en lui offrant un nouvel endroit où vivre, il se jette d'une fenêtre exiguë. Autour du cadavre, cinq vivants : un groupe d'amis, dont Pierre, l'arrogant associé de Markus, et Jean, au centre du roman, et dont la crise existentielle est déclenchée par ce suicide inopiné. Harassé par sa femme Marion qui semble trouver la souffrance de son mari excessive, abusive, Jean éprouve le désarroi le plus profond. "Plus tu te tais plus je t'entends", lui assène Marion, sans se douter que ses blessantes paroles ne font qu'affecter davantage Jean pour qui la mort de son meilleur ami a eu un effet dévastateur. Et, dépassé par les événements, exaspéré par l'insolence de Pierre, qui fixe la date des funérailles de Markus sans en avertir les autres lui qui a révélé avec autant de désinvolture que Markus vivait sous une fausse identité - son vrai nom était Peterssen-Mink -, Jean s'enfuit, abandonnant Marion qu'il soupçonne d'entretenir une liaison avec Pierre.
Et c'est à ce moment que Jean sombre dans une décadence identitaire incontrôlable. Persuadé qu'il connaîtra l'origine du mal-être de Markus en retrouvant ses racines, il se met à chercher le père de son défunt ami, dans un total déni de sa réelle identité. Il atterrit donc à Helsinki, où Aïda, une femme de ménage altruiste et charitable lui porte secours momentanément, le prenant sous son aile dans les rues enneigées de la capitale finlandaise. Mais l'enquête de Jean ne s'arrête pas là. D'abord effrayé de rencontrer Peter, le frère de Markus, aux funérailles qu'il a désertées, il le retrouve, à Oulu et se fond dans son intimité, malgré sa maladresse, devenant l'oncle spirituel de sa petite fille Eleonor, créant des liens avec elle à cause d'un bête accident.
Dès lors, bringuebalé par l'originale narration de Catherine Lovey qui découpe son roman en trois actes, on assiste à la totale remise en question de Jean qui, se préoccupant exclusivement des turpitudes dans lequelles il s'empêtre, se livre à une pleine introspection. Sans trouver les clefs de son trouble, il parvient à vivre dans un semblant de paix intérieure au milieu d'une forêt, apaisé par la neige qui entoure sa nouvelle petite maison de bois. Résolu à demeurer dans cette glaciale thébaïde, Jean s'éloigne ainsi des frontières de la folie qu'il a, dans son périple, tant de fois failli outrepasser.
De ce style déroutant et déjà étonnament affirmé, Catherine Lovey, qui aurait tout de même pu éviter quelques longueurs, cisèle un roman totalement éclaté, jouant sur les ellipses qu'elle étire impunément, mêlant froideur et sarcasme, pour un résultat déconcertant, développant ainsi une singularité que l'on hâte de retrouver.
22:41 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, roman, ecrivain
02 mai 2008
Une pomme oubliée sur le buffet - Anne Kovalevsky
Anne Kovalevsky est conteuse. Elle travaille en milieu hospitalier, dans des écoles, des bibliothèques, et se produit dans des théâtres et des festivals. Elle a publié, en 2007, Une pomme oubliée sur le buffet, chez l'éditeur lyonnais Jacques André (éditeur de notre chère Mary
Dollinger).
Septième étage. Service de gériatrie. Une conteuse entre dans les chambres et, au chevet des personnes âgées, se met à raconter des histoires. Maîtrisant son art à merveille, elle éblouit ses auditeurs des petites aventures et anecdotes qu'elle sème allégrement, pour faire revenir ou maintenir en vie leurs sourires amusés, doux ou émus. Mais les histoires, "ça marche dans les deux sens". Aussi, lorsque Anne Kovalevsky en arrive au mot fin, c'est son public qui la relaie, partageant avec l'attentive narratrice une petit histoire, écho de cette grande mémoire qui bouillonne en chacun des pensionnaires. Car eux aussi ressentent cette imperceptible envie, mieux, ce besoin, de prendre la parole pour égayer les mornes journées à l'hôpital d'un récit enjoué, toujours empreint de tendesse nostalgique.
Texte d'un spectacle bâtit sur son expérience à l'étage des aînés, Une pomme sur le buffet est un attendrissant échantillon de la passion qui meut Anne Kovalevsky. C'est donc un infini plaisir de découvrir l'histoire incensée et féline du mari cordonnier de Renée, celle de Félix, tailleur contraint de confectionner des uniformes pour les Allemands, ou encore celle du père André, homme d'église pas indifférent aux charmes de sa gracile cuisinière...
Emerveillée par cette sage assemblée avec laquelle le partage est roi, Anne Kovalevsky nous livre, des étoiles dans les yeux, ces historiettes devenues des contes, tant elles sont chères et précieuses au coeur de l'auteur.
12:08 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, contes
28 avril 2008
Petit et Méchant - Blaise Gauquelin
Voici un roman qui n'a guère fait l'unanimité auprès des critiques. Très subversif, très trash, Petit et Méchant, de Blaise Gauquelin, publié par L'Altiplano, en a choqué plus d'un. Car d'entrée de jeu, l'auteur, jeune français vivant en Autriche, nous propose une scène écoeurante et obscène, un
éléctrochoc, comme pour signifier que son roman est écrit au vitriol et que sa violence n'exclut pas quelques aspects pornographiques. D'aucuns se sont insurgés contre ce premier chapitre provoquant et ne sont pas allés au-delà. Ils ont eu tort. Premièrement parce que la suite du roman est tout à fait passionnante, deuxièmement parce qu'ils n'ont rien compris en voyant dans cette originale orgie - abjecte, j'en conviens - la définition même du personnage central, le jeune français Balthazar qui, tout au long de son périple, n'aura été qu'un "lèche-cul", un homme soumis à ces supérieurs qui ne feront qu'abuser de lui, professionnellement, entre autres. Mais cet asservissement malsain prend fin lorsque Balthazar assassine le boss de la chaîne pour laquelle il s'évertuait à faire le nègre. C'est alors que commence son rocambolesque calvaire.
Après un coup de foudre avec Egon, un bel autrichien que Balthazar prend pour un australien, victime de ses piètres notions d'anglais, il s'envole avec lui jusqu'à Vienne et s'installe en ménage avec lui et sa femme, Véra. Il s'accomode très vite à sa nouvelle vie viennoise et commence à se mêler de la politique locale, qui se révèle être des plus désastreuses. L'arrivée au pouvoir du Schmarotzer Branau chamboule la vie politique autrichienne, puisque cet inquiétant acabit de führer prend des mesures drastiques, au nom de son parti baptisé Ö (comme Österreich) à l'idéologie résolument nationaliste. Ce Branau, que Vera et Egon redoutent et abhorrent, rassemble les foules et, grâce à ses puissants discours, parvient à faire accepter au peuple autrichien de briser son appartenance à l'union européenne. Ce qui aoutira à une indépendance presque autarcique de l'Autriche qui verra ses rapports avec les pays étrangers sérieusement compromis.
Après avoir été arrêté en train de tenter de passer la frontière en compagnie de ses étranges concubins, Balathazar purge une peine de sept ans dans un camp de travail, avant d'être forcé d'épouser une femme koweïtienne, et de vivre avec elle dans un petit appartement. La nouvelle organisation stricte et inébranlable du pays encourage Balthazar à se ranger et à ne plus se mêler des esclandres. Mais il en sera tout autrement car, une fois confortablement établi, il subit les assauts d'une ascension sociale hors du commun. Naturalisation, amitié de Branau, dit aussi le Guide et poste important de journaliste, la réussite de Balthazar est telle qu'il accède au sommet de la bonne société viennoise. Mais à quel prix... car Balthazar, taraudé par un entêtant désir de fuite, apatride, déraciné, doit changer d'identité.
Un roman décapant, haletant, qui, de sa virulence, rappelle au lecteur l'état déplorable de la conjoncture politico-sociale actuelle. Une réalité peut-être trop édulcorée en littérature qui, comme le trace le trait quoique très forcé de Blaise Gauquelin, est composée de vils individus corrompus par les systèmes viciés auxquels ils appartiennent.
22:04 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, livre, livres, ecrivain
08 avril 2008
Rebelles - Claude Luezior
Claude Luezior, écrivain et neurologue suisse, a publié quantité d'ouvrages aux éditions Buchet Chastel et a reçu de multiples distinctions littéraires. Son dernier roman est sorti aux éditions de l'Hèbe (Suisse), et s'intitule Rebelles.
Madeleine et Paul Renon sont mariés depuis plus d'une cinquantaine d'années. Ils vivent paisiblement et, malgré le temps, sont toujours aussi attentionnés et tendres l'un envers l'autre. Paul, ingénieur-inventeur, s'affaire sans
cesse dans son atelier, exerçant son merveilleux métier de "poète de la mécanique". Quant à sa femme, elle est rayonnante et profite à chaque instant des petits plaisirs de la vie. Jusqu'au jour où de riches industriels proposent à Paul de confectionner un engin révolutionnaire, producteur, à la chaîne, de rouleaux de printemps. Et, bien que Paul ait derrière lui des années d'expérience ainsi que l'amour pour son métier, la machine lui résiste et a du mal à passer le cap prototypique. L'appareil est bancal et il n'en sort que des rouleaux difformes. Mais Paul, à l'instar de Meis, un pionnier américain de l'électronique dont il se réclame, aspirant aux mêmes ambitions visionnaires, ne perd pas espoir.
A cette situation embarassante vient s'ajouter la douce folie qui semble s'emparer de Madeleine. En effet, celle-ci se met à oublier ou à confondre les noms et semble dériver. Hypothèse du médecin de famille : Alzheimer. Paul et Léo, le fils des Renon, ne perdent pas espoir. "Un air de printemps allait souffler dans leurs caboches et le moulin tournerait à nouveau, grinçant de ses bras immenses, pour moudre, longtemps encore, une très blanche farine. Ce n'était rien. Juste un mal transitoire."
Le mal de Madeleine gagnera néanmoins du terrain. Heureusement, le père et le fils, constamment dépités, voient parfois leur quotidien s'égayer d'une once de poésie dans la démence qui guette Madeleine. Celle-ci nous attendrit lorsque, dans la plus banale des situations, elle se retrouve déboussolée et doit retrouver avec maladresse ses repères en questionnant son mari. Malheureusement, ce personnage touchant ainsi que la maladie qui l'assaille auraient pu être décrits davantage par l'auteur, qui paraît vouloir privilégier Paul et son expérimentation mécanique infructueuse.
Rebelles, loin d'être un roman de référence sur la maladie d'Alzheimer, est plutôt un joli livre lyrique, dont la recherche esthétique intéressante ne peut qu'être bénéfique à cette petite fable familiale. Et, Claude Luezior, fort de sa riche expérience littéraire, connaît à la perfection les engrenages et les rouages de son écriture, les utilisant les yeux fermés pour produire sa prose. Mais cette pratique, pâtit de l'excessive habitude de l'auteur qui, à certains endroits du texte, aboutit à une littérature ankylosée. Un grain de folie, un semblant de fougue eussent été les bienvenus.
21:36 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, ecrivain, roman, alzheimer, suisse
31 mars 2008
Chroniques de l'asphalte 2/5 - Samuel Benchetrit
Samuel Benchetrit est cinéaste. Il a également publié quelques livres dont Récit d'un branleur. En 2005, il a publié le premier tome de ses Chroniques de l'asphalte, dans lesquelles il raconte son parcours social décapant. Voici une critique du deuxième volet des aventures de Benchetrit :
Il y a de quoi rire, à la lecture de ce deuxième volume des pérégrinations de l'auteur dans la vie active. Débutant par l'arrivée à Paris du narrateur, le livre est un enchaînement de saynètes plus ineptes les unes que les autres. Au programme, donc, de cette ignominie, un vulaire
rapport gérontophile entre un aide-soignant et une vieille dame, des vomissements intempestifs et la révoltante sodomie d'une princesse écervelée. Autant dire que Benchetrit ne fait pas dans la dentelle. Mais ce livre, qui se veut pompeusement le deuxième d'une série de cinq livres autobiographiques, révèle la totale absence de propos de son auteur qui, à grands renforts d'onomatopées insupportables en majuscules, tente d'étoffer un peu cet aberrant recueil d'inanités. Se risquant à esquisser un navrant acabit de portrait social, Benchetrit s'enfonce dans son excessive décadence, dans son langage ordurier qui voudrait tant que ce livre heurte les puristes et les sages petits lecteurs, fier d'amener de sa banlieue son verbiage caractéristique qui, au demeurant, fais plutôt penser à celui de la jeunesse dorée de Neuilly-sur-Seine. Le comble de sa démesure : "Bench", se réclamant de Lautréamont, de Nerval et de Baudelaire, ébauche quelques "poèmes" d'une logorrhée qui n'emprunte à la poésie que sa présentation dactylographique, dans un écoeurant accès lyrique, ne faisant finalement que débiter d'autres insanités. Resteront dans nos mémoires : "Eh Maman, où est mon prépuce ?", "Le chien est l'avenir de l'homme" ou encore "Vroom vroom". Quand les sempiternels soupirs des écrivains "wanna-be" pourront-ils enfin cesser ?! Quand des maisons aussi respectables que Julliard publieront-elles des ouvrages avec d'autres critères que celui du pouvoir télégénique de l'auteur ? ...
Benchetrit, sa vie, son oeuvre sur cinq volumes ? La torture à l'état pur. D'une telle sottise que, dans sa médiocrité, il n'arrive même pas à la cheville du livre de Boris Bergmann, le parigot de 15 ans édité par Scali. Une insurrection littéraire est nécessaire. Pire : vitale.
23:18 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, roman, ecrivain
27 mars 2008
Pardon mère - Jacques Chessex
qu’aboutir à un livre splendide. Et pourrait-il être d’une telle qualité s’il n’était pas également né d’une souffrance, notamment celle provoquée par le décès de sa génitrice, mais également par les remords dont l’écrivain est la proie, lui qui n’a pas dit à sa mère l’importance qu’elle avait pour lui, lui qui n’a pas demandé pardon à cette femme qu’il admirait plus que tout ? Certainement pas car on sait que de tout temps, Jacques Chessex a distillé les douloureux tourments qui le rongeaient en des livres poignants, tant en poésie qu’en littérature, tels que L’économie du ciel, Les Elégies de Yorick, ou L’Ogre. Alors, pourquoi Chessex n’a-t-il pas dit à sa mère tout ce qu’il désirait lui dire ? « Longtemps j’ai eu le temps. » Il décide donc de créer ce « tombeau de mots » pour celle qui jugeait les livres de son fils comme étant d’une impudence sexuelle inacceptable. Tout au long de sa vie, donc, Chessex avoue l’avoir fait souffrir en la négligeant et en ne l’écoutant pas suffisamment. Et bien que Jacques Chessex se soit si mal conduit du vivant de Lucienne Chessex, née Vallotton dans le Jura vaudois, à Vallorbe, il lui rend un hommage émouvant, dressant un portrait mêlé d’amour et de reconnaissance. Il retrace la vie de cette femme droite qui dut subir les tromperies et les méfaits de son époux, étant néanmoins à son chevet à l’hôpital, après son geste fatal qui le fera mourir un peu plus tard, le quittant solennellement avec cette dignité qu’elle avait su préserver courageusement, lui adressant ces deux mots retentissants dans la mémoire de Chessex, « adieu Pierre ». Les nombreux rendez-vous manqués et les incartades de son fils n’empêcheront cependant pas Lucienne Vallotton de l'aimer, « comme une mère ». Mais que le désarroi de Jacques Chessex est grand lorsque sa mère, devenue chétive et aveugle, reste cloîtrée et silencieuse dans sa chambre du home La Pensée, à Lausanne. Convaincu que la réparation est encore possible, à l’aube de la mort maternelle, Chessex se borne à une forme de déni dû à sa peur d’avouer sa médiocrité à celle qu’il vénère.
Cet amour qui fait de ce livre un des plus beaux et émouvants de l’œuvre de l’écrivain est d’ailleurs certainement exacerbé par le manque affectif que la mort de son père a causé chez Jacques Chessex. Une petite réserve est tout de même à émettre dans les pourtant très belles descriptions des passions et des aspirations maternelles, de son dévouement pour son beau jardin ou encore son amour de la terre, des vers de La Fontaine et des proverbes, on peut déceler quelques pointes excessives d’admiration. En effet, en lisant Pardon mère, l’auteur nous donne parfois l’impression de considérer sa mère comme une sainte, ce qui est difficile à concéder, même si Chessex en revendique la perfection morale et physique. Et il est tout aussi difficile d’admettre que, comme l’écrit Chessex, Albert Cohen (Le livre de ma mère, Gallimard) est un menteur. Alors qu’il l’accuse audacieusement de « broder », d’ « émailler » la description de sa mère (avec d’ailleurs autant de culot qu’il avait célébré allégrement la mort de l’écrivain Charles-Ferdinand Ramuz dans son livre Incarnata), on est rassuré qu’il se considère comme étant un « même menteur », un « même hâbleur », surtout lorsqu’il dit avoir rêvé de tuer sa mère, ce qui, malgré la magistrale envolée lyrique que cette pseudo révélation introduit, est difficile à considérer autrement qu’un habile moyen d’embellir son ouvrage. Par contre, il n’utilisera pas sa mère pour « peindre de lui une image trop flattée » comme l’a fait – toujours selon Chessex – Albert Cohen, mais plutôt pour s’accabler lui-même et demander pardon.
Ces quelques vanités ne trahissent néanmoins pas l’amour maternel dont ce remarquable et bouleversant Pardon mère sera désormais l’écrin, en plus du cœur de Jacques Chessex, qui, malgré l’ardeur de cette adoration, ne parviendra jamais à s’en sentir digne...
22:33 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, roman, ecrivain
23 mars 2008
La Nuit du Destin - Asa Lanova
Asa Lanova, née en Suisse et résidant actuellement près de Lausanne, à Pully, s'est passionnée, très jeune, pour l'art de la danse, avant de
mettre brutalement fin à sa carrière et de commencer à écrire. Neuf romans à son actif, dont plusieurs édités chez l'excellent éditeur suisse romand Bernard Campiche. Voici une critique de son dernier roman, La Nuit du Destin.
Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas autant senti happé par un roman. Me sentant au coeur de la ville d'Alexandrie dans laquelle les personnages de ce roman s'entremêlent, je me suis impregné de cette culture musulmane, suivant de près, dans leur ombre, les protagonistes mystérieux de cette histoire haletante, qui, traversant le Ramadan, nous mènent à cette Nuit du Destin, la vingt-septième de la période sacrée.
A son retour dans la ville d'Alexandrie, Anne, genevoise mais égyptienne dans l'âme, se voit submergée par le flot de souvenirs que sa rencontre avec cet homme impressionnant nommé Ismaël lui avait laissé. S'étant confié à elle lors d'une promenade, l'homme lui avait raconté l'amour-passion duquel il émergeait avec peine, et qu'il avait partagé fougueusement avec une femme plus âgée que lui. Ayant brusquement décidé de rompre, elle avait éteint cette ardente flamme dont leur amour immodéré était le combustible. Ismaël s'était intensément lié à cette femme car elle était parvenue à faire fusionner les deux entités qui s'opposaient dans la dualité qui régissait son existence. Sa rupture avec Laylah l'avait éconduit jusqu'à prêter serment à une confrérie aux principes aussi lugubres que fous, Les Aigles d'Osiris, secte masculine aux aspirations d'absolu et de mort, n'ayant de cette dernière aucune peur, et acceptant sa fatalité, son tranchant et sa sentence si tel était le désir du destin. Depuis quelques temps, donc, la maîtrise de soi et la destruction progressive de son égo étaient le crédo d'Ismaël. Mais sa rencontre avec la nébuleuse Violanta, artiste peintre mêlant l'érotisme à la spiritualité, d'une "beauté scandaleuse", le fera trahir ses promesses et, éperdument amoureux de Violanta, Ismaël se résoudra à abandonner les doctrines prônées par les Aigles d'Osiris.
Enquêtant sur cet homme qui la fascine et qu'elle admire infiniment - Ismaël, l'indocile, en quête de "l'Or du temps" et en perpétuel conflit avec son père Soleïman qui le mariera de force avec sa cousine Negma, tombée amoureuse du mari qu'elle n'a pas choisi mais baffouée par ce dernier qui est encore fidèle à la confrérie -, Anne recueille le témoignages passionné de Rhoda, la servante qui s'occupa du jeune homme, lui inculqua ses connaissances mystiques et lui insuffla son amour pour l'apaisement que procure le désert. Anne interroge également le dédale des tombes alexandrines dans lequel elle déambule, cherchant, dans son errance, la vérité sur ce qui s'est réellement passé. Que sont devenus Ismaël et Violanta lorsqu'ils sont arrivés à Alexandrie ? Quelle force a été assez dévastatrice pour délier les liens si puissants de leur amour ? Et, surtout : Les Aigles d'Osiris ont-ils pris la démission d'Ismaël comme une trahison ? Lui tiendront-ils rigueur de son incartade amoureuse ?
Portée par une vague aussi lyrique que romantique, arabisée par les charmes d'Alexandrie, Asa Lanova livre une histoire époustouflante, lui conférant son parfum de secret et de sacré de sa plume si raffinée, de cette expression aux échos délicieusement désuets. Asa Lanova marque par son talent et ses connaissances de la culture arabe, de l'islam et de la cité d'Alexandrie. Mieux que des connaissances, c'est l'amour pour ce riche fragment d'Orient qui donne à l'auteur sa puissance d'évocation et son don d'écrire un livre comme un conte des Mille et une nuits, aux portes du désert.
14:36 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, roman, ecrivain
18 mars 2008
Monsieur - Jacques Chessex
Jacques Chessex, écrvain suisse, est l'auteur de L'Ogre (Prix Goncourt 1973), Jonas, Le Vampire de Ropraz ou encore Pardon Mère. C'est un écrivain mystérieux. Derrière ce visage grave, ce regard torturé, cette expression sérieuse, littéraire, se cachent de profondes blessures
qui remontent à l'enfance de Jacques Chessex. Celle-ci resurgit notamment dans la résonnance malsaine des cris de cette fillette de l'on bat pour forcer son aveu de l'attouchement qu'elle a subi, de la part du père de Chessex, l'Ogre... "Corps coupable. Le sexe sali d'être le sexe, et d'avoir fait le plaisir de l'autre."
La douleur de Chessex prend aussi sa source dans le suicide paternel, en ces terribles circonstances, honteuses et accablantes. L'écrivain, malgré qu'il ne soit cette fois-ci pas romanesque, confirme, en même temps que son talent, sa prédilection pour des thèmes tels que Dieu, ou le sexe, mariant la passion à la douleur, l'austérité à l'amour.
Oubliant la pudeur propre aux protestants, Jacques Chessex, en quelque sorte, se met à nu. Dans une lettre à ses fils et une nouvelle consacrée à sa mère, il fait amende honorable de ses erreurs et ses absences. "Moi j'ai fait souffrir ma mère toute ma vie et toute la sienne, du moins c'est ce qu'elle m'a dit et répété, de ma toute petite enfance jusqu'à ses quatre-vingt-dix ans passés."
Dans cette constante ambiance mortifère, l'auteur parle des femmes qui ont croisé son chemin, des jeunes filles ingénues aux dames mûres et stupreuses. Chessex, dans ce magnifique livre, explique l'essence de son écriture, qu'ont façonné cette riche Suisse dans laquelle il a grandi, le secret, le désir et la foi.
23:06 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, roman, ecrivain, suisse
12 mars 2008
Elle, pinces et dépendance - Eléonore Cannone
Eléonore Cannone est née en 1971 et Elle, pinces et dépendance est son premier roman, publié par L'Altiplano.
Jérôme est un trentenaire célibataire qui, après chacune de ses harassantes journées de travail, s'affale dans son canapé, savourant sa solitude devant la télévision. Mais ses habitudes de vieux garçons vont être chamboulées par l'arrivée impromptue de Elle, une femme étonnante aux pouvoirs mystérieux, qui, curieusement, connaît le nom et la plat préféré de Jérôme. D'abord surpris par cette apparition inopinée, il s'y fait très vite et sa petite vie de célibataire endurci se transforme en une vie de couple aussi confortable et douillette que fougueuse. Seulement voilà : après quelques jours de bonheur entre amants, le patron de Jérôme le rappelle à lui et exerce encore plus violemment sur lui son influence de crabe.
Elle hait les crabes par-dessus tout. Tentant d'écrire une thèse à propos d'eux, expliquant leur mode de vie et leur emprise délétère sur autrui, elle ambitionne également de sortir son aimé de cette spirale dévastatrice du métro-boulot-dodo, que les crabes connaissent bien. Car les crabes sont dangereux, petits bourgeois insensibles et bourreaux de travail, il ont oublié de s'émerveiller et leur coeur, aussi dur et tranchant que leurs pattes, ne connaît pas la passion. Elle, cette chimère matérialisée en femme fatale parviendra-t-elle à sauver Jérôme de cette tyrannie destructrice ?
Sous ses airs de fable légère, Elle pinces et dépendance se veut une dénonciation du travail maladif dont beaucoup de personnes subissent les tourments. Malheureusement, le roman subit les excès d'Eléonore Cannone, c'est-à-dire le rabâchage de ses positions et son désir d'écrire à tout prix un livre dérangeant et décapant. De sa prose littérairement saccadée et désastreuse ainsi que sa narration décousue et chaotique, l'auteur ne parvient pas à nous attacher à ses personnages. Aux limites de l'illisible, ce réquisitoire rate grossièrement sa cible allégorique et écoeure par ses relents du premier roman insipide de Marc Lévy. Décevant.
13:23 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, roman, ecrivain
08 mars 2008
En route vers le clochard - Riwoal
Riwoal, né en 1978 à Morlaix, a fait des études de lettres pour finalement se consacrer au jounalisme et à l'écriture. Il publie son premier roman, En route vers le clochard, aux éditions L'Altiplano.
Ce roman a tout l'air d'être une auto-fiction. Riwoal est interné dans un hôpital psychiatrique. Depuis cet établissement plongé dans une ennuyeuse torpeur, il livre ses états d'âme, teintés d'humour, souvent, mais également de tristesse, parfois au bord du gouffre de la folie. Et ses nombreuss confrontations avec cette dernière ne sont-elles pas dues à ces nombreuses interrogations qui assaillent l'esprit du narrateur ?
Face à la vacuité de sa vie, Riwoal ne prête plus attention aux infirmières. Gisant dans son lit, sous l'effet des nombreux cachets qu'il doit avaler, il se lève parfois pour combler sa solitude avec les autres étranges patients de l'hopital. Mais ses turpitudes sont décuplées par le doute du potentiel médical de sa thérapie. Pourra-t-on soigner à sa maladie mentale ?
Dans une sorte de nouvelle version plus intimiste de Vol au-dessus d'un nid de coucou, Riwoal parle également de ces quelques femmes qui gravitent autour de lui, l'obsédant presque autant que son mal. Les élucubrations de Riwoal, en plus de constituer le témoignage poignant d'un homme assiégé par l'incertitude et la douleur, révèlent la difficulté à assumer son être lorsque sa santé mentale est remise en question.
21:23 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, livre, roman, ecrivain


























